Quelle médecine dans l’après Bouteflika
Tout d’abord quelques données recueillies auprès du professeur Chaoui lors de sa conférence débats initiée par le PLD Parti pour la Laïcité et la démocratie.
En 1962, l’Algérie sort d’une longue et dure guerre de libération. La population de près de huit millions majoritairement rurale vit dans des camps ravagés par des maladies endémiques.
En 1964 des programmes de lutte contre les maladies contagieuses dont le trachome et la tuberculose sont mis en place notamment par les professeurs CHAULET ET DJILLALI.
En 1969, la vaccination est obligatoire et en 1973 C‘est la gratuité des soins médicaux, la formation de 1000 médecins par an, l’implantation d’un hôpital dans chaque daïra et d’une polyclinique dans chaque commune. Les grandes entreprises se dotent de services de santé. A la fin de leur service civil, les médecins rejoignent les structures étatiques tandis que seuls les médecins désireux de s’installer à leur compte dans les campagnes bénéficient de dérogations.
A la fin de cette période, l’espérance de vie de la population passe de 53 ans à 70 ans grâce aux efforts consentis en matière de santé mais également dans l’assainissement du logement, l’amélioration de la nutrition et la disponibilité de l’eau
1980, dans le cadre de la politique « pour une vie meilleure », les dépenses de consommation explosent. les programmes de santé sont abandonnés au profit d’achats d’équipements lourds et la construction de 40 hôpitaux. A quoi ont servi ces dépenses ?
Sans programme de santé, on investit pour enrichir les lobbies en acquérant des équipements très couteux et complètement inutiles. Plus de 12 microscopes électroniques ne servant qu’à la recherche et jamais aux diagnostics sont acquis à une période où Genève en possède seulement deux. Ils n’ont jamais servi. L’implantation des nouveaux hôpitaux ne répond à aucun plan. On construit un hôpital à Djanet alors que la population dispersée sur de nombreux kilomètres souffre de l’absence d’eau potable.
1986-1990 la situation financière du pays se dégrade. En l’absence d’une évaluation et vision globale du secteur, l’Etat autorise l’installation de médecins à leur compte ainsi que l’ouverture de cliniques privées (décret en 1990) et limite le remboursement des soins à 10% . En conséquence, les riches vont dans les cliniques privées et les pauvres dans les hôpitaux. A cela s’ajoutent, la baisse drastique des dépenses de santé exigée par le Fonds Monétaire International, le départ à l’étranger des compétences fuyant le terrorisme et la chute du PIB national qui tombe à 1400$ par habitant.
Aujourd’hui, les mêmes erreurs sont faites : absence de programme, achats d’équipements et construction d’hôpitaux sous la pression de lobbies qui pèsent sur le budget de l’Etat.
Que faut-il faire pour en sortir ?
La santé n’est pas un produit commercial. Elle est un facteur de cohésion sociale car elle s’associe à d’autres domaines comme la scolarisation des filles (espacement des naissances) l’assainissement des eaux, la salubrité des logements … Elle doit dans un cadre serein, pacifique et totalement démocratique, faire l’objet d’un débat national ouvert à tous sur :
- La place du secteur privé qui respecte des cahiers de charge pour s’insérer dans un programme cohérent et participer à la réalisation de résultats clairement définis face au vieillissement de la population, à la persistance d’épidémies anciennes et surtout à l’émergence de maladies nouvelles telles que le cancer, le diabète .
- Le montant et la nature des dépenses de médicaments:On dit que les dépenses de médicaments ont explosé mais cette affirmation n’est pas vérifiable. Les dépenses de santé doivent passer de 4 à 10% du PIB. En outre il faut choisir et hiérarchiser les dépenses : acheter la dernière molécule pour allonger de trois mois la vie d’un malade du cancer ou bien réduire le taux de la mortalité infantile et celle des femmes à l’accouchement ?
- La mise en place d’un conseil d’administration indépendant d’une caisse de remboursement unique avec une même carte de sécurité sociale
- la réflexion et le traitement de la violence dans la population, la formation des médecins dont la vocation est de soigner et non de prescrire sous la dictée des délégués médicaux, la production des médicaments génériques dans le cadre de la coopération maghrébine et enfin peser sur les instances internationales pour copier certaines molécules qui ne sont pas tombées dans le domaine public.
A cette conférence, le professeur Chaoui a beaucoup insisté sur le rôle de la société civile pour s’approprier le débat sur l’avenir de la médecine en Algérie. Il va sans dire que cette demande ne se conçoit que dans un environnement démocratique dans lequel les médias indépendants du pouvoir permettent des débats libres et contradictoires.
Pour le simple citoyen, se soigner reste très compliqué pour des raisons financières quand il s’adresse au secteur privé parce que les remboursements sont négligeables et pour des raisons d’inorganisations dans le secteur public. Dans les CHU (Centres Hospitalo Universitaires ) les pannes de scanners et les ruptures de médicaments ne sont pas rares. La situation des hôpitaux est encore plus catastrophique dans les régions du sud. Cinquante ans après l’Indépendance , la mortalité infantile et celle des femmes à l‘accouchement restent beaucoup trop élevées et les disparités avec le nord persistent. Les solutions adoptées ces dernières années dont les mutations obligatoires de médecins spécialistes dans les régions du sud sont inappropriées et découragent les plus enthousiastes.
Sans concertations avec les plus concernés et sous la pression de lobbies, il semble que l’Etat n’a aucune politique de santé à moyen et long terme. Il n’est pas inutile de rappeler que ceux qui en sont responsables se soignent à l’étranger.
↧
Algerie :Quelle médecine après Bouteflika?
↧