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Fellak Louiza: nous étions au champ de bataille de Bounaamane en Kabylie

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Nous étions à Bounaamane, raconte Fellak Louiza , dite Nouara Michelet :IMG_0407.JPG

«La région était totalement cernée par les troupes de l’armée française. Les premiers soldats commençaient à poindre vers nos maquisards de l'A.L.N.

 

Si Mohand Améziane et M’hanna  Izemraken et son fils si Brahim qui composaient notre escorte armée nous  donnèrent cet ordre :

«  Vous devez rester groupées, et ne prendre la fuite individuellement que lorsque vous auriez entendu notre signal qui se matérialisera par nos premiers tirs. A ce moment, chacune doit prendre individuellement  ses propres initiatives pour sauver sa peau. Tant qu’aucun tir n’émane de nous, vous devez rester  dissimulées dans cet oued ».

Alors que nous étions regroupées  figées dans le lit de l’oued, soudain, surplombant notre position à une dizaine de mètres à peine, un soldat français se montra de tout son long, en criant, surpris à la  vue des maquisards. Au même instant, dans le ciel surgit au dessus de nos têtes, presque à rase-mottes , un avion de chasse qui se mit à mitrailler. La riposte de Si Mohand Améziane ne s'est pas faite attendre : une salve de cartouches sortit immédiatement du canon de son pistolet mitrailleur criblant le corps du malabar qui hurla de douleur avant de s'affaisser comme un mur. La scène ne manqua pas d'épouvanter encore plus les pauvres femmes déjà sous le choc des mitrailles et des bombardements incessants. Dans un ultime effort, épuisant leurs dernières énergies, les 8 femmes, encadrées par une protection d’élite, cherchaient de leurs regards perdus une issue pour s'exfiltrer de ce brasier. On dirait des aveugles à l'affut d'une lueur. L'espoir, cette force inexplicable qui vous permet de surmonter la peur. A quelques dizaines de mètres de là, des rangées entières de combattants des deux camps se faisaient face et s'engageaient dans un véritable corps à corps effroyable. Les protagonistes se poursuivaient dans un flux et reflux qui rappelait les vagues d’une mer en houle.

Pendant ce temps, le petit groupe armé de M’hanna Izemraken qui nous escortait, mit en marche son plan, pour sauver les femmes de toute capture ou mort qui les menaçaient à tout moment. Mehanna , instruisait les femmes de progresser à plat ventre, en prenant le lit de l’oued dans le sens inverse du cours d’eau, évoluant dans le sens d’une sortie du champ de bataille . « Ne craignez rien ! Nous sommes là, nous vous défendrons jusqu’à la mort ! » répétait sans cesse M'Hanna Izemraken à l'adresse des femmes, pour les encourager à fournir toujours plus d'efforts physiques pour continuer sans cesse à crapahuter, et escalader  ce relief escarpé et fortement boisé.

En moins d'une heure, nous voila parvenues au village Atroche que nous avions constaté desert. Les militaires français l’avaient vidé de sa population. Un moment de répit, nous avions quelques instants pour remarquer que nos vêtements et nos chaussures étaient mis en pièces par les épineux qui avaient ravagées jusqu'à nos cuisses et nos bras. Le sang mélangé à la sueur abondante avait mouillé tout ce qui restait comme lambeaux sur nos jambes fragilisées par le crapahute.


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