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In Salah : l'eau c'est la vie. le gaz de schiste un genocide

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Comment percevez vous les mobilisations de population d’In Salah contre le gaz de schiste ?

C’est un mouvement citoyen qui n’a pas été infiltré par le DRS (département du renseignement et de la sécurité, ndlr), ce qui est très rare en Algérie. Ils ont essayé de l’infiltrer, mais ils ont échoué. C’est un mouvement spontané, issu des populations locales, qui tient sur la durée. Cela fait maintenant 45 jours (entretien réalisé le 11 février, ndlr) que les gens manifestent tous les jours à In Salah, et ça continue. La raison est très simple : vous êtes en plein désert. Ces gens-là ont une eau qui se trouve à 50 ou 60 mètres de profondeur, une eau potable, qu’ils boivent, que les bêtes qu’ils élèvent boivent, et qu’ils utilisent pour la petite agriculture. Et les forages par fracturation hydraulique sont extrêmement polluants. Si les produits chimiques s’infiltrent dans le sous-sol et contaminent leur eau, c’est la mort programmée. Ce qui explique qu’ils soient déterminés à se battre jusqu’au bout.

Ce mouvement est-il soutenu par le reste de la population algérienne ?

 

Il est surtout soutenu par les citoyens des autres régions du Sahara. Il y a eu des manifestations de soutien à Alger et en France, mais trop modestes pour faire vraiment peur aux dirigeants algériens.


Est-ce la première fois qu’on assiste en Algérie à un mouvement citoyen qui remet en question les risques environnementaux liés à l’extraction du gaz et du pétrole ?

C’est la première fois. Mais ils ne le formulent pas ainsi. Pour eux, c’est vraiment une question de vie ou de mort. Je regardais hier une vidéo d’une femme qui disait être prête à donner sa vie, mais pas celle de ses enfants : « Que l’État m’emprisonne mais qu’il ne touche pas aux ressources hydriques », disait-elle. Ils sont vraiment décidés à se battre, et c’est tant mieux. Il y a aussi dans la région le souvenir des essais nucléaires français. Les gens sur place en souffrent encore, et leurs parents, grands-parents leur ont raconté.

L’exploitation des gaz de schiste en Algérie représenterait d’après vous « une véritable bombe à retardement pour les ressources hydriques »...

La fracturation hydraulique consiste à injecter de l’eau avec un tas de produits chimiques pour faire exploser la roche. Aux États-Unis, des norias de camions qui récupèrent cette eau et l’amènent dans des centres de traitement. En Algérie, il n’y a pas ni camions ni centres de traitement. Ils ont creusé des canaux autour du site dans lesquels ils stockent les eaux issues de la fracturation. Tout ce qu’ils ont mis pour les isoler du sol sont de minces bâches en plastique... Il y a un vrai risque de contamination des eaux souterraines utilisées par les populations locales. Et ensuite il y a le fameux aquifère albien du Sahara, qui est beaucoup plus profond – environ 700 mètres sous le sol. C’est une eau qui a migré depuis les montagnes de l’Atlas jusqu’au Sahara. Mais les eaux usées de la fracturation hydraulique elles aussi peuvent migrer. Quand on fait une fracturation hydraulique, on casse la roche, et après on ne maîtrise plus rien : où va cette eau que l’on injecte ?

Que penser des récents propos de ministres algériens évoquant la mise en place d’un moratoire sur le gaz de schiste ?

 

Ils prennent plutôt la direction contraire. J’ai le sentiment qu’ils veulent forcer la décision. Le régime algérien est à bout de souffle. La question posée est : que va t-il se passer quand Bouteflika va disparaître ? On peut tout imaginer. Et cela fait peur à beaucoup de monde dans les sphères du pouvoir. Et comme le nerf de la guerre est le pétrole, et que les prix et la production ont beaucoup baissé, ils essaient de trouver quelque chose d’autre. D’où le forcing effréné sur le gaz de schiste. Même si le mouvement citoyen à In Salah finit par gagner, j’ai l’impression que le gouvernement acceptera de faire marche arrière à cet endroit, mais qu’ils iront forer ailleurs.



Propos recueillis par Sophie Chapelle et Olivier Petitjean


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