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Oran :Mémoire retrouvée

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24/09/2013

ORAN 1956-1960 ou une certaine idée du bonheur…

 

C’était un immeuble dont l’adresse était symbolique de la colonisation en Algérie- Maison ou villa Ros, je ne sais plus - boulevard du corps expéditionnaire, à Oran.

Un immeuble de quelques étages avec sur le toit une terrasse où le linge était mis à étendre sur des fils pour sécher grâce au vent puissant qui soufflait. Tu aimais y accompagner ta mère pour l’aider et poser tes yeux émerveillés sur le ciel si bleu d’Afrique.

 

Cet immeuble, c’était d’abord quelque chose qui s’apparentait à une grande famille avec les voisins aux origines multiples, français bien sûr mais aussi espagnols et indochinois.

Français mais métissés par leurs ancêtres mahonnais ou andalous. Votre voisin de palier avait fait la guerre d’Espagne et s’était exilé en Algérie, y trouvant une douceur de vivre qui n’allait pas durer.

Et puis il y avait ton copain d’enfance, Thierry dont le père français avait fait la guerre du Vietnam et qui s’était marié avec une indochinoise. La famille venait de l’ancienne colonie française d’Indochine. Elle était sans doute originaire du Vietnam.

 

Tout ce petit monde s’était retrouvé au hasard des pérégrinations de la vie dans cet immeuble dont l’adresse rappelait que nous étions dans un pays de conquête, construit dans le bruit et la fureur, la guerre coloniale avec toutes ses injustices, mais aussi ouvert sur la vie et les autres au-delà de leurs différences. D’ailleurs ta mère employait une dame algérienne qui s’occupait de la maison et dont tu gardes en mémoire plus de cinquante années après ton départ d’Oran son prénom, Jera – mais tu n’es pas certain de l’orthographe. Elle faisait partie de la famille et tu ne l’as pas oubliée.

 

Tout près se situait un jardin où tu allais t’amuser avec ta mère et ton petit frère pour essayer d’attraper les papillons et jouer à la balle. Tu as encore des photos de toi quelque part dans des cartons oubliés et fanés par le temps, avec une casquette posée sur la tête pour te protéger des rayons ardents du soleil, caché parmi les papyrus, avec la joie dans les yeux de vivre sur cette terre à laquelle tu as fini par t’identifier.

 

C’est de cette époque que date ton attrait pour l’Afrique noire, ce monde mystérieux et inconnu que tu découvrirais bientôt à travers l’œuvre de Jules Verne, avec notamment son roman « Un capitaine de quinze ans ». Combien de fois ne t’es-tu pas embarqué dans tes rêves éveillés sur le Zambèze pour découvrir un monde brut, protégé de l’incursion des hommes, dans une nature généreuse et primitive, comme un matin du monde où tout devenait possible au côté de ces tribus africaines.

 

Et puis tu as découvert cette passion pour l’Asie au contact de tes voisins indochinois avec leur sensibilité toute fine sur les choses de la vie, ce goût d’une esthétique dans laquelle tu t’es très vite retrouvé. Et qui t’habite plus que jamais.

 

Villa Ros, c’était une petite société multiculturelle où chacun avait à cœur de partager, de se frayer un chemin dans cette Algérie où tout était à construire dans le respect de l’autre, la tolérance et l’ouverture à la vie…



Commentaires

A vous lire - avec plaisir, certes - les oeillères sautent aux yeux, non pas aux yeux de l'enfant que vous avez été mais à ceux de l'adulte que vous êtes devenu : ces écrans qui empêchent les peuples de se voir tels qu'ils sont, tels qu'ils vivent réellement. Et puis tout ce romantisme nostalgique - légitime pour quelqu'un qui a quitté ce pays dans son enfance ou sa jeunesse - qui met entre paranthèses la misère des autres, de ces "indigènes", tenus à l'écart des richesses et de la vie politique. Cette histoire ne pouvait que mal tourner. Et, d'ailleurs, qu'est-ce qui a empêché les gens au pouvoir à l'époque d'accorder la nationalité à tous les habitants d'Algérie ? Quels intérêts prévalaient donc à cette ségrégation à l'américaine ? Et quels arguments ont été donnés pour rationaliser cette injustice flagrante ? Ce serait intéressant de creuser un peu : vos textes n'en seraient que plus actuels !

...

Écrit par : sk | 26/08/2013 | Avertir le modérateur

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Je suis parfaitement conscient des injustices secrétées par la colonisation.

Mais je retourne votre argument : le pouvoir algérien au lendemain de la colonisation et jusqu'à ce jour s'est-il réellement soucié du bien-être de son peuple ?

J'ajouterais à quand la réconciliation franco-algérienne ? A quand un manuel d'histoire franco-algérien sur la colonisation et la guerre d'indépendance ? Nous avons mené en Europe la réconciliation franco-allemande après plusieurs guerres entre la France et l'Allemagne.
Les peuples et leurs dirigeants se doivent de regarder l'histoire en face pour que les choses ne se reproduisent pas et que le progrès, la paix puissent s'installer durablement.

Écrit par : Gilbert | 04/09/2013 | Avertir le modérateur

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Sk, on peut très bien garder un regard sur cette époque, essayer de retrouver des impressions, y compris avec nostalgie, sans pour autant perdre son sens critique à propos de l’histoire politique en arrière fond.
Pour avoir déjà lu l’auteur de ce blog, je sais qu’il n’est pas nostalgique de la colonisation, mais seulement de sa vie, de son enfance là-bas. Comme lui, je sais que l’on ne peut rayer cette partie de notre existence, même si elle est fondée sur une aberration politique et que nous aimons aller revisiter cette période de notre enfance en tentant de faire revivre ces moments. Contrairement à d’autres pieds-noirs, y compris ici, sur ce site, je n’ai jamais vu Gilbert regretter l’époque coloniale et en vanter les mérites
Il est juste, ici, dans ses propres souvenirs qui font partie de lui et qui sont d’autant plus précieux qu’il y a eu perte. Perte, non au sens politique mais perte tout de même.
Et je le comprends.
Savez-vous que les algériens nous comprennent aussi. Comprennent combien que ce deuil a été difficile. Et je vous assure qu’ils font bien la différence entre la perte politique et celle, plus intime, plus douloureuse : la perte affective.

Écrit par : aquatinte | 23/09/2013 | Avertir le modérateur

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Merci pour votre commentaire Aquatinte.
Je ne suis pas nostalgique de la colonisation française en Algérie mais de la perte de ma terre natale. C'est un immense gâchis qui nous a séparé des algériens alors que nous aurions pu nous entendre et partager cette terre que nous portons tous dans notre coeur.
C'est vrai que beaucoup d'algériens nous comprennent, au delà d'une certaine classe politique qui campe sur les deux bords de la Méditerranée et entretient les rancoeurs pour éviter toute réconciliation.

Écrit par : Gilbert | 23/09/2013 | Avertir le modérateur

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Salut à vous deux !

Je viens de répondre à la note d'Aquatinte, je n'avais pas vu votre réponse (tardive) à ma première intervention ici. Je ne vous accuse de rien, votre texte me plaît bien, je suis un grand fan par ailleurs de l'Eté de Camus (1954, j'ai simplement donné libre cours à une impression de lecture...

Tschila !

Écrit par : sk | 24/09/2013 | Avertir le modérateur

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Je ne suis pas Pied Noir, je n'ai jamais vécu en Algérie, mais j'ai "entendu" cette époque de la Guerre
puisque j'avais entre 10 ans et 18 ans ! (des fils d'amis de mon père y ont laissé leur vie). J'ai eu des amis PN très proches (revenus fin 61) parmi mes intimes et j'ai lu l'Eté de Camus et l'Etranger (bien entendu car nous étions tous Camusien à l'époque)

Cette longue et fastidieuse entrée en matière pour simplement signifier qu'il est très intéressant de lire
ces témoignages pleins de sensibilité, de nostalgie de l'enfance, formes de catharsis tellement spontanées et colorées plutôt que parcourues d'analyses politiques et rationnelles qu'on peut laisser sans regret aux historiens..

Pour une fois qu'on laisse aller son cœur..Un homme n'est pas obligé "de s'empêcher" systématiquement..

Écrit par : hubert41 | 24/09/2013 | Avertir le modérateur

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Bonjour Gilbert,

Je ne reprendrai pas, comme ce fut le cas par trois fois ces dernières années, mes commentaires sinon pour vous dire qu'évidemment, je suis toujours curieux, intéressé et en relative empathie avec ce que vous écrivez. Grâce à vous, j'ai pu être plus précis dans certains de mes souvenirs d'Oran (59-60) [j'aurais pu écrire également 1958, mais ce fut bref en deux courts séjours... civils) et vous en ai remercié.

La façon dont vous abordez ou relatez vos souvenirs et ressentis me ramène à quelques commentaires que j'ai pu faire chez Aquatinte il y a quelque temps, et même dans des échanges avec Marius, sur la complexité des rapports des sociétés ("coloniales" au regard de l'Histoire) musulmanes et européennes au territoire algérien, de leurs inter-relations autant que des rejets, de quelque chose qui ne peut ABSOLUMENT PAS être binaire, des conséquences d'années dramatiques pour tous et toutes là-bas... mais aussi sur l'hexagone. A l'aune de notre contexte... comment effectivement parler "de ce temps-là" sans prendre le risque soit d'être taxé de nostalgique d'un bien-être (relatif) colonial ; ou pour le Kabyle ou l'Arabe algérien, ou le Mozabite ou le Châamba (etc), qui se sentirait bien ici ne pas voir les Nationaux algériens le critiquer et ne pas le comprendre ?

C'est dans ce melting-pot "colonial" que j'ai vécu ma première "liberté" (ciao les pensions, ciao les parents, et vive la paie... qui était en liquide et par quinzaine), mes premiers émois de presque adulte, mais aussi ensuite ma première confrontation, sous l'uniforme, avec la cruauté de l'Histoire, avec justement cette complexité (relire mes souvenirs d'un certain mois de janvier 1960, d'un 24 janvier, quelque part sur mon blog), ces attirances-répulsions, et la recherche des décors de Camus (La peste entre autres).

Et... vive l'anisette et la kémia !!!...

Écrit par : Caquedrole | 24/09/2013 | Avertir le modérateur

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Gil, je vous lis toujours avec plaisir, continuez dans la nostalgie des souvenirs d 'enfance, ça me plaît bien , vous êtes justement à part car vous vous tenez à l 'écart des polémiques et on peut lire des textes poétiques sans y mêler la politique.

Écrit par : anneza as nana09 | 24/09/2013 | Avertir le modérateur

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Bonsoir Aquatinte, Sk, Hubert, Caquedrole et Anne,

Merci pour vos commentaires qui me vont droit au coeur.

Je suis un nostalgique de ma vie d'avant quand j'habitais Alger, puis Oran avant de revenir à Alger.
L'Algérie a pour moi la douceur et la couleur du bonheur.

Je ne me suis jamais vraiment remis de la perte de mon pays natal ; j'ai vécu ma vie d'homme sur cette terre de France où je me suis enraciné parce qu'il fallait bien vivre, malgré tout...

A l'approche de la retraite - pourquoi ce terme de retraite où il y a le mot de retrait alors que je préfère celui de vendanges tardives - j'ai très envie de me lancer dans l'écriture de ma guerre d'Algérie, vue avec mes yeux d'enfant puis d'homme quand on mesure le chemin parcouru depuis l'exil.

Je suis un incorrigible nostalgique du ciel d'Algérie, de sa chaleur, des plages où enfant je me suis découvert à la vie. Il est des douleurs dont on ne se remet parfois pas.
C'est pourquoi je commence à fouiller ma mémoire et mes émotions pour crier ce qu'a été la vie des pieds-noirs et leur douleur, mais aussi leur bonheur d'avoir vécu sur une terre exceptionnelle en mesurant trop tard ce qu'aurait pu être notre destin auprès des algériens...

Merci à tous !

Écrit par : Gilbert | 24/09/2013 | Avertir le modérateur

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