Les eaux minérales de l'Algérie
Un gisement précieux, inépuisable
le 14/01/2007 | 18:33
Les eaux minérales de l’Algérie ont été convoitées depuis des lustres par les différentes expéditions coloniales. En tout cas, les Vandales, par la suite les romains, les turcs et enfin de façon très particulière, les militaires, les médecins, les chimistes, les pharmaciens, les laborantins français se sont intéressés de près à cette denrée et à son usage thérapeutique.
Les vertus de ces eaux, chaudes ou froides selon le cas, ont été non seulement démontrées théoriquement mais surtout expérimentées sur le terrain. Les algériens de ces temps reculés, sans en savoir la composition physicochimique, connaissaient tout de même les bienfaits que procuraient ces eaux précieuses qu’ils entouraient de croyances religieuses, parfois superstitieuses. Le sultan souleïman avait, à son époque, vulgarisé l’usage du thermalisme dans ses dépendances. L’exploration scientifique, organisée par l’armée française, a révélé entre autres richesses à exploiter de ce vaste territoire algérien, les eaux thermo-minérales, favorisée par un climat convenant très parfaitement à leurs objectifs, pour profiter des vertus inégalables de ces sites d’émergence déjà connus ou à découvrir. Les analyses physicochimiques et les expériences pratiques probantes dans ce domaine allaient révéler à la puissance coloniale les énormes possibilités qu’elles pouvaient offrir non seulement aux habitants de cette contrée mais aussi à la population européenne, handicapée par un climat fortement agressif pour l’homme moderne de plus en plus fragilisé. Les analyses effectuées par les meilleurs scientifiques de la France coloniale (le docteur Bertherand, Million, Behaghel et biens d’autres chimistes, pharmaciens... avaient révélé la supériorité qualitative de ces eaux chaudes ou froides sur celles exploitées depuis longtemps déjà hors d’Afrique. Sans avoir achevé l’œuvre de prospection, les scientifiques français avaient répertorié les lieux de l’émergence de cet «or» dont certains, malheureusement, sont restés par la suite ignorés ou négligés tant de nos administrateurs que de nos industriels, pourtant très attirés par ce créneau très juteux... Alors que dans le même temps, des eaux qu’ils qualifieraient, de leur vivant, de tout simplement potables, ont été arbitrairement hissées au rang d’eaux minérales, de nos jours. Pour mieux s’en rendre compte, il nous suffit de parcourir quelques ouvrages précieux de ces illustres auteurs datant des années 1847 et suivantes, pour comprendre que la source qui sourd au frais vallon ou celle qui jaillit à Dellys ou encore à Theniet El Had à 60 km au sud-ouest de Miliana ont été bel et bien analysées et classées par des experts en la matière dans la catégorie des eaux minérales de haute qualité. Comme meilleure preuve, nous ne donnons que le résultat fourni par E. Million pour celle d’Alger près de Bab El Oued qui se présente :
- chlorure de sodium : 0,314 g.
- sulfate de soude : 0,046 g.
- bicarbonate de soude : 0,61 g.
- bicarbonate de chaux : 0,099 g.
- bicarbonate de magnésie : 0,075 g.
- bicarbonate de protoxyde de fer : 0,007 g.
- silicate de chaux : 0,030 g. Ces sources, ignorées ou négligées, en tout cas, n’ont attiré aucun investisseur. Au contraire des eaux de qualité ordinaire sont mises sur le marché et vendues sous le qualificatif de minérale. Le consommateur profane en la matière le saura bientôt si l’on en croit la presse nationale libre qui nous annonce la date fatidique du 15 janvier pour connaître le verdict du ministère de l’hydraulique quant à une nouvelle classification des eaux embouteillées par nos usines. En attendant, les investisseurs continuent de proliférer mais le coaching de ce type d’investissement, comme je l’ai déjà écrit dans une réflexion transmise au journal le quotidien d’Oran et qui, probablement, ne paraîtra jamais, l’exploitation des eaux minérales est une affaire industrielle certes, mais elle doit être préalablement menée par des experts en la matière, pour plusieurs raisons qui sont explicitées par ces mêmes docteurs déjà en 1847 :
- l’eau minérale chaude ou froide a sa composition spécifique qui la différencie des autres.
- elle dispose de vertus thérapeutiques scientifiquement démontrées mais pratiquement validées sur des cas concrets de malades.
- l’eau minérale à composition physico-chimique particulière n’est pas recommandée pour tous et dans tous les cas de figure.
- les cures thermo-minérales doivent être prescrites pour des durées limitées dans le temps —, comprise donc l’injection d’eau froide minérale. En conclusion, les eaux minérales étudiées par des médecins, des chimistes, des pharmaciens ne sont pas le pain quotidien mais doivent être consommées de façon modérée et mesurée, car l’excès en tout est mauvais. C’est pour cette raison que les médecins ont été dans l’obligation d’instaurer ce qu’ils appellent en langage professionnel les contre-indications. Mais que l’eau potable usurpe la place d’une liqueur de guérison, cela s’appelle : la confusion.