le colonel Amirouche : un homme plein d`élégance et de noblesse![CIMG1252[1]]()
Des bracelets pour les petites filles.
Ma sœur et moi sommes nées avant 1954 c’est-à-dire avant le déclenchement de la guerre d’Algérie. Nous habitions Relizane une petite ville sans histoires dans laquelle séjourna celui que l’on appellera plus tard le colonel Amirouche et qui sera considéré par les stratégiques de l`armée coloniale française comme le plus redoutable combattant de cette guerre qui s est singularisée une forme nouvelle de lutte : la guérilla. Cet artisan modeste et discret, selon notre mère, vivait seul et tous les voisins l’appréciaient pour cela. Personne ne brisait l’apparente solitude de cet « étranger » à l’exception des jours de fêtes quand les enfants lui rapportaient sa part de gâteaux de l’Aïd ou une assiette de couscous pour célébrer un évènement .Ma sœur vint au monde en 1949 et moi quelques temps après en 1951. A cette période, le discret voisin de nos parents fabriquait des bijoux en argent que l’on nommait communément « bijoux Kabyles ». Nous sûmes des années plus tard qu’il nous avait faits et offerts à ma sœur et moi nos premiers bracelets de petites filles. Ce souvenir mainte fois raconté par ma mère et que, elle seule trouvait merveilleux, me submerge aujourd’hui. Oui, aujourd’hui : parce que le pays est en danger, parce que les idéaux de Novembre sont reniés, parce que la jeunesse ne sait pas les sacrifices consentis, que des aventuriers de l’intérieur prônent la partition et que les puissants montrent leurs crocs.Mes bracelets de petite fille, hélas, ne sont plus. Ils sont pourtant, en dépit des désillusions, des traitrises passées, des égarements présents, le don à respecter, à chérir précieusement, le témoin à passer. Alors, comme vous le savez, un tel cadeau ne s’oublie pas et le moins que l’on puisse faire c’est de s’en souvenir n’est-ce pas ?
Témoignage d`une algerienne