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Guerre d'Algerie : L'affaire de Azrou ou le renseignement et la débauche

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Agissant sur renseignement, les forces françaises avaient tendu une embuscade aux maquisards, tout prés de la maison du refuge, au cœur même du village de Azrou.

 A leur arrivée, les djounouds, attendus de pieds fermes, avaient été accueillis avec des coups de rafales par les soldats français. Plusieurs djounouds tombèrent sous les balles.

Après cette embuscade, des informations circulaient sur deux personnes civiles locales, un homme et sa fille, qui étaient  responsables de cette trahison qui a permis de mettre hors d’état  les maquisards.ait hichem guerite 6 BCA.jpg

Comme mesure prise, nous  avions décidé d’arrêter ces deux comparses. Nous nous sommes alors  déplacés a Zoubga ou habitaient ces deux indicateurs, pour procéder a leur arrestation.

Munis de nos deux prisonniers, nous nous sommes diriges  vers un lieu sur, pour décider de leur sort. Arrivés a l’Oued de l’«âne», immédiatement  a la  sortie ouest du village de Zoubga,  nous avions pris la décision de nous nous sommes repartis les taches. Moi, accompagné de la jeune fille, je devais précéder les autres qui avaient pris en main son père. Un des membres du groupe ordonna ce qui suit en s’adressant à moi :

«  toi, mets-toi en route immédiatement  en direction  du village Ait Larbi. Tu prends en charge cette femme prisonniere. En attendant, quant à nous,  nous restons encore un instant ici, nous avons des questions à poser à son pére. Rendez- vous donc dans quelques instants a contre bas du village Ait Larbi

Je pris le chemin illico presto, accompagné de la femme. Quelques minutes de marche, hors de la vue du groupe qui accompagnait le prisonnier, j’entendis une rafale déchirer le silence de la nuit. L’idée qui m’tait venue subitement à l’esprit est  que mes compagnons venaient d’exécuter le prisonnier, en l’occurrence le pére de cette jeune femme qui est avec moi et qui ne pouvait se douter de ce qui venait de se passer.

Je continuai mon chemin toujours accompagné de la femme, jusqu’a parvenir au lieu de rendez, une ancienne casemate, détruite par les forces coloniales, désaffectée, ou le reste du groupe nous rejoignit mais sans le prisonnier.

Sur le champ un tribunal d’exception fut constitué pour la circonstance, pour juger la femme prisonnière. Comme dans un véritable tribunal militaire, un des djounouds lui demanda de choisir son défenseur. Elle n’hésita pas à me mandater. J’acceptai cette charge en mon âme et conscience.

Je commençai à donner un long préambule, avant les plaidoiries, en mettant en exergue le caractère colonial des causes des défaillances des algériens vis-à-vis de la révolution:

-  vous savez que la France est une puissance militaire. Elle dispose des voies et moyens pour non seulement réduire à la pacification mais aussi a l'extermination de pauvres citoyens civils, sans défense. Les acteurs de cette guerre coloniale ne lésinent sur aucun moyen pour obtenir des informations sur les hommes de l’ALN. Ils abusent aussi de la naïveté et de la crédulité des pauvres citoyens… ».  Mais je fus vite interrompu par un de mes compagnons du groupe visiblement excédé, et impatient d,en fuir avec cette traitresse,  en ces termes :

- Je vois que tu fais tout pour sauver cette femme. Je te jure qu’elle passera, quelque soient les arguments que tu peux nous fournir pour la sauver de la mort!

-         - Bien sur que je veux la sauver. C’est mon rôle, puisque je suis désigné pour cette tache.

 -         - Je te dis qu’elle doit passer, ne te fatigue pas trop, c'est peine perdue.

les djounouds, avant de passer a la peine capitale annoncérent sommairement au tribunal de circonstance exceptionnelle, les chefs d,accusation :

-  -- Pourquoi fréquentes-tu l’armée française? Tu donnes des renseignements aux soldats du camp de Taourirt Boudles, nos ennemis.

-         - Je ne donne pas de renseignements aux français, mais je reconnais pratiquer la débauche avec les soldats. Je ne suis pas la seule femme à m'adonner à cette pratique, s'expliqua l'accusée non sans un certain signe de defi, peut-etre due la forte dose d’adrénaline qui circule dans son sang pour la rendre inconsciente du danger qui la guette.

La réponse de la femme, plus terre a terre que sincère, n'étonna pas pour autant les maquisards endurcis par la violence de la guerre.

 Une prise de judo envoya la femme sur le tapis, dans le trou de l'abri.

Elle eut  cette réplique des plus étranges  à l’adresse de son bourreau :

- prends mon foulard, couvre-t'en contre mon sang qui va gicler sur ta main.

Comme réponse à cette réplique audacieuse de la femme, le poignard solidement empoigné par la main de fer du maquisard s'enfonça dans la chair tendre du cou de la condamnée. Elle n’eut pu avoir le temps d’émettre un son que le sang gicla de la carotide. On eut l'impression d’un tuyau sous pression qui arrose alentour par un jet aérien.

Quelques secondes ont fini de vider ce corps de sa couleur pourpre.  Elle mourut sans savoir lequel des griefs étaient retenus contre elle : la débauche ou la collaboration avec l’ennemi, car pour les artisans de la révolution, était-il utile d’en faire un distinguo, des lors que la pacification contre laquelle s’est insurgé le peuple, pouvait avoir plusieurs visages. Dieu ait son âme. le colonialisme n'a pas encore révélé toutes ses horreurs...


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