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Les miroirs de l'enfance algero-francaise

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La petite Afrique de Léon de Médicis .

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J’ai vécu mon Algérie comme ma jeunesse en inno-
cence.  Je sentais bien que certains me regardaient mais tout ce qui ne participait pas de cet appel au soleil était ressenti comme mutilation. Cette jeunes-
se dont je n‘avais aucune conscience, je l’étanchais
en paresses, fermant les yeux, me laissant éblouir des autres, nimbée en état de virginité, heureuse de tout petits riens, tellement absorbée à ne pas être remarquable.
La Méditerranée me suffisait.
Les ans se sont empilés. Je viens juste d’arriver, suis la seule à le savoir. Mon futur et mon passé ont bas- culé en dehors de moi .J’ai été épargnée de choisir.

Aujourd‘hui j’écoute Abdenbi Aït Menguellet, l‘homme-amant au regard douloureux. Il psalmodie doucement son histoire d’amour avec le pays.
À croire que c’est dans les villages de montagne du Djurdjura que naissent les plus beaux chants des cimes. C’est une supplique, une ode pour une Al- gérie odalisée dans un mariage du Temps et de la Révolution;
Pendant que je parcours mes routes d’avant, ça s’est passé en une fois et je ne pourrai plus le reproduire, je monte les marches indépen­dantes de la Route 66.


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Un syllabaire justifié par les sangles qui me relieront à perpète à mon pays déchiqueté. Ce mori- bond nom de ma cité ressurgit à tous les coins de rue de ma mémoire ; pourtant des lambeaux d’images sont entrain de s’enliser. Car si je vois nettement la rue du Gal Leclerc où mes parents habitaient, la grimpette si raide du lycée Stéphane Gsell, d’autres lieux se sont estompés. 
Quatre lettres, une combinaison de coffre fort du souvenir, des visions de la peur, des miroirs du temps qui agissent en ralentisseur avant une renais-
sance.
J’ai fait serment de dépendance.
Je me lis et je relis en étant juge et partie de mon indémodable et inoubliable adolescence. Pages pures et lumineuses choisies dans les quinze premiè- res années de ma vie. Je refais les trajets familiers, ne ratant aucun des angles de cette rue, à traînasser avec Rita, Ingrid les éblouissantes des affiches du Régent. Cela devient de plus en plus difficile, j’ai du mal à retracer certains passages, ils se font de plus en plus flous. Le périmètre de mes vagabondages se rétrécit.


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