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Luce Caggini

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Années 90 Michigan Lake

 

 

L’idée de « l'Homme Chiffon » a pris naissance au cœur d’une germination répartie sur plusieurs décennies. J’avais toujours été sensible à la texture des mots ; après ce long cheminement, ce n'était plus le regard de l'esthète qui me guidait. La trame de mes toiles s’interposait entre la matière des pigments et l'idée du thème que je développais, en une foule d'images habillées, qui prenaient chair pendant que mon humanité s’envolait.


Je vivais à Chicago. Les grosses chaleurs de l'été, les touffes de genêts blancs, les dunes de sable sur les bords du Lac Michigan m’ont brutalement réinséré dans mon temps « Algérie », ma terre de naissance dont je suis physiquement séparée, pour toujours ; je sais.

L’Illinois a une forme d'amphore, comme l'Algérie. J’ai enfoui mes pieds dans le sable brûlant ; un vent de chaleur me transporta chez moi. Pas à pas, je m’aventurai dans un processus de métamorphose dont je serai à tour de rôle, l’homme, le lézard, le vent et l’eau.

Mes amis du moment : musiciens, compositeurs, acteurs afro-américains, sont habités par leurs origines et leurs dépendances africaines, mais ils ne savent pas l’ébahissement du bonheur aux abords d’une guelta, ils ne savent rien du Hoggar. Je marche dans les pas de mon père, à In-Salah, au cœur du Sahara. Les touaregs cheminent à ses cotés. Mon père ramène à Oran des œufs d'autruches, un jeune fennec qu'il nourrit au biberon.

A Chicago, la galerie « Satori Fine Art » expose mes toiles sur le thème : Le désert. Instantanément je sais que j’ai échoué. C’est une frustration d'assister à mon vernissage, (I feel, I missed it). J’aurai voulu partager cette expérience charnelle, spirituelle dans la foulée du vernissage. De cet instantané, je ne vois plus de mes peintures que la froideur d’une œuvre que personne n’ira toucher.

Dans ce voyage saharien, ce sont les vents qui ont vêtu ma peau, qui m ‘ont caressé, qui ont rendu possible mon immersion désertique. J’éprouve aussitôt l’impérieux besoin de saisir dans une œuvre naissante l’égarement d'un moment de ce temps qui fut le créateur d'une peuplade à l’unisson de mon voyage. Pour garder vivant ce rapport divinement géométrique et arriver à l’arracher sa glaise astrale, je me glisse dans le silence : mon aventure prend naissance à vingt mille « miles » de chez moi, dans un lieu transportable. Mon œuvre trouve enfin refuge dans son pays.

C’est à Marseille, en 1999, au Centre Fleg, grâce à son directeur, Xavier Nataf, que je peux donner naissance aux « Hommes Chiffon ». Dès lors « Les Hommes Chiffon » comme les Nomades, peuvent aller.

Luce Caggini © 1996

 

 

Années 90 Michigan Lake

 

 

L’idée de « l'Homme Chiffon » a pris naissance au cœur d’une germination répartie sur plusieurs décennies. J’avais toujours été sensible à la texture des mots ; après ce long cheminement, ce n'était plus le regard de l'esthète qui me guidait. La trame de mes toiles s’interposait entre la matière des pigments et l'idée du thème que je développais, en une foule d'images habillées, qui prenaient chair pendant que mon humanité s’envolait.


Je vivais à Chicago. Les grosses chaleurs de l'été, les touffes de genêts blancs, les dunes de sable sur les bords du Lac Michigan m’ont brutalement réinséré dans mon temps « Algérie », ma terre de naissance dont je suis physiquement séparée, pour toujours ; je sais.

L’Illinois a une forme d'amphore, comme l'Algérie. J’ai enfoui mes pieds dans le sable brûlant ; un vent de chaleur me transporta chez moi. Pas à pas, je m’aventurai dans un processus de métamorphose dont je serai à tour de rôle, l’homme, le lézard, le vent et l’eau.

Mes amis du moment : musiciens, compositeurs, acteurs afro-américains, sont habités par leurs origines et leurs dépendances africaines, mais ils ne savent pas l’ébahissement du bonheur aux abords d’une guelta, ils ne savent rien du Hoggar. Je marche dans les pas de mon père, à In-Salah, au cœur du Sahara. Les touaregs cheminent à ses cotés. Mon père ramène à Oran des œufs d'autruches, un jeune fennec qu'il nourrit au biberon.

A Chicago, la galerie « Satori Fine Art » expose mes toiles sur le thème : Le désert. Instantanément je sais que j’ai échoué. C’est une frustration d'assister à mon vernissage, (I feel, I missed it). J’aurai voulu partager cette expérience charnelle, spirituelle dans la foulée du vernissage. De cet instantané, je ne vois plus de mes peintures que la froideur d’une œuvre que personne n’ira toucher.

Dans ce voyage saharien, ce sont les vents qui ont vêtu ma peau, qui m ‘ont caressé, qui ont rendu possible mon immersion désertique. J’éprouve aussitôt l’impérieux besoin de saisir dans une œuvre naissante l’égarement d'un moment de ce temps qui fut le créateur d'une peuplade à l’unisson de mon voyage. Pour garder vivant ce rapport divinement géométrique et arriver à l’arracher sa glaise astrale, je me glisse dans le silence : mon aventure prend naissance à vingt mille « miles » de chez moi, dans un lieu transportable. Mon œuvre trouve enfin refuge dans son pays.

C’est à Marseille, en 1999, au Centre Fleg, grâce à son directeur, Xavier Nataf, que je peux donner naissance aux « Hommes Chiffon ». Dès lors « Les Hommes Chiffon » comme les Nomades, peuvent aller.

Luce Caggini © 1996

 

 


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