Par : Hamid GRINEimages.jpg

 Il est mort plusieurs fois. Mort toujours avec le sourire du ressuscité qui sait que le paradis lui est promis. Et ceux qui pensaient le tuer s’étonnaient : ils n’ont jamais vu un mort sourire. Une première fois quand Ben Bella voulait le délester de son poste de ministre des Affaires étrangères. Bouteflika n’a pas crié, ne s’est pas révolté, ne s’est pas effondré. Il a souri. Un sourire de chat défié par une souris. On veut sa peau ? Il la donne. Ben Bella qui était aussi impulsif que Nasser, aussi illuminé que le Che et aussi prolixe que Castro n’a pas compris que Bouteflika est plus dangereux mort que vivant.

Il voulut entamer une danse folklorique sur son corps. Et c’est là qu’il fut projeté si fort qu’il tomba KO sur la tête en laissant son fauteuil présidentiel à Boumediène. En 1978, à la mort de celui-ci, Bouteflika fut écarté de sa succession au profit d’un militaire inconnu : le colonel Chadli. D’abord conseiller, puis écarté, puis vilipendé, puis le néant. Il avait l’Algérie dans ses mains, il se retrouva avec une poignée d’eau. Comme à son habitude, il ne se débattit point. Il fit le mort. Il vécut à l’étranger. Mort pour les uns, fini pour les autres. Même son œil bleu et brillant qui a séduit le Français Couve de Murville, alors ministre des AE de de Gaulle, semblait éteint. Pourtant, pour l’avoir croisé une fois dans un aéroport étranger, j’ai vu son œil s’allumer, j’ai vu son sourire énigmatique. Et j’ai compris que ce mort était en mode hibernation. Enterré, oublié, le voilà ressuscitant alors que l’Algérie était tachetée de sang. Le mort d’hier, lecteur de Gracian Baltasar, admirateur de Franco, cultiva la rareté alors qu’il était la prolixité même. On pensa mépris pour le peuple. Les communicateurs disent stratégie : rareté de la parole ? Écriture médiatique comme l’a conceptualisé le gourou de Mitterrand et Chirac, Pilhan, qui préconisait une communication en fonction d’objectifs propres et non de ceux du lectorat ou de la presse. En 2005, il tomba malade pour la première fois.

Le voilà rentrant dans son éclipse. On le tint pour mort. Il est toujours vivant alors que trois ex-présidents, Ben Bella, Chadli, Kafi, qui n’étaient pas malades à l’époque, reposent au cimetière. Et les Belkheir, Lamari Smaïn et Mohamed, symboles de la puissance où sont-ils ? Six pieds sous terre. Sur terre, reste Bouteflika. Plié en deux par l’âge et plus sûrement par les vicissitudes de sa charge et la maladie, il est toujours vivant. Pas fringant, pas éclatant, mais vivant. Et en politique, ce qui compte c’est la durée. Tant qu’il aura un souffle de vie, un président n’est jamais mort. Il peut toujours griffer. Il se présentera pour un quatrième mandat. Impossible ? Rien n’est impossible en politique. D’autant que le président a toutes les cartes en main. Qui pourra les lui soustraire ? Hamrouche ? Benflis ? D’autres peut-être ? Non, aucun ne pourra le vaincre. Seule la maladie, aussi imprévisible que pernicieuse…

Paru dans …Liberté

Le dimanche 8 septembre 2013