16/11/2012
Boumédiene n'avait qu'un unique obejctif : s'approprier l'histoire à lui seul les mérites en éliminant tous les héros de la Révolution.
Edito : les Algériens se réapproprient leur histoire
Par Boukhalfa Amazit : Journaliste, spécialiste des questions d'histoire

Quelle est la part de vérité dans L’Iliade et l’Odyssée ? C’est un récit fabuleux. Eblouissant d’imagination, dont la construction de toutes pièces est attribuée à Homère. Et pourtant, le poème s’est révélé une source intarissable d’informations et d’enseignements sur une période fort reculée (entre 1300 et 1100 av. J.-C.) de l’histoire de la Grèce antique. Homère, s’il n’est pas une identité fabriquée, comme certains spécialistes le supposent, aurait vécu à la fin du VIIIe siècle (av. J.-C.). Et pourtant, si l’on s’en tient à la seule partie qui concerne La Guerre de Troie, la narration qui en a été faite par l’aède ionien a permis à l’archéologue Heinrich Schliemann de découvrir, en 1870, les ruines de la cité antique.
La comparaison peut paraître incongrue dès lors qu’on met en équation des événements qui se sont déroulés il y a plusieurs siècles avec d’autres qui nous sont proches et qui se sont passés à l’ère de la télévision et du cinéma, c’est-à-dire des instruments qui ont enlevé son caractère absolu à la mort elle-même. La source demeure identique : le témoin ; le vecteur en est la parole. La crédibilité, elle, peut donner sujet à l’incertitude ou, en tout cas, à une forme de scepticisme.
Toutefois, au regard de ce qui se passe, notamment dans le domaine de l’édition et du journalisme, les Algériens, confrontés au silence des pouvoirs publics en charge de la reconstruction mémorielle, sont en train de se réapproprier leur Histoire. Il est vrai que les historiens auront fort à faire, à l’avenir, pour passer au crible tous les témoignages qui sont en train de s’exprimer de façons diverses ; mais tout ce qui s’écrit et se dit est bon à prendre. Rien n’est à dédaigner. Tous les témoignages doivent être récoltés, consignés, filmés, enregistrés, non pour attribuer des satisfecit ou distribuer des mérites, mais pour constituer une véritable banque de données.
Dès le lendemain de l’indépendance nationale, les premiers ukases ont frappé l’histoire. Les autorités ont commencé par en extraire des personnages, puis des dates et des événements. Il aura fallu attendre la fin des années 1970 pour que la presse puisse parler du Congrès de la Soummam et que les officiels le célèbrent. On a assisté au jumelage des dates importantes comme le 5 Juillet qui a été couplé avec la Fête de la jeunesse et, plus tard, du FLN (le parti et non l’artisan de la Libération). Le 19 juin était commémoré et férié, mais pas le 19 mars, par exemple.
L’histoire de l’Algérie était prisonnière «des fonctionnaires de la Vérité» ainsi que Ben Khedda désignait les cerbères de l’Histoire. Ce dernier rapporte qu’en 1976, le président Houari Boumediène avait demandé aux historiens et aux chercheurs du Centre national des études historiques (CNEH) d’écrire l’histoire de l’Algérie et de sa Révolution en insistant sur la nécessité de ne pas citer de noms dans la phase contemporaine. Le deuxième président du GPRA poursuit : «A un historien qui s’étonne qu’on puisse écrire cette histoire sans citer les noms de Abdelkader, Ben Badis, Messali, Ferhat Abbas… le Président estima que ce qui a été fait par la Révolution algérienne dépassait de loin leurs actions...» No comment.