
La période de transition : une urgence salutaire
Par Yasmina Fellagui
Docteur en economie
L’après Bouteflika n’est pas une simple étape de la vie politique du pays. Il ne s’agit pas d’élire comme par le passé un nouveau président. Il est urgent, après ses trois mandats successifs, de mesurer ensemble et en profondeur les dégâts et reculs subis par la nation. Tenter également ensemble de trouver les meilleurs outils et approches pour sortir le pays de cette ornière et redonner l’espoir aux algériens.
Sous l’autorité d’un conseil de transition composé de personnes sans reproches et sous la garantie de l’armée, toutes les institutions, les associations, syndicats et partis seront dissous.
Tous les secteurs de la vie nationale feront l’objet d’études, analyses et débats pour sortir des solutions aux blocages et échecs répétés.
Pendant cette période la télévision et les radios entièrement libres appartiendront aux algériens pour débattre et proposer les remèdes qui s’imposent.
Les entrepreneurs du secteur privé et les gestionnaires, du secteur public débattront en toute démocratie du devenir de l’économie nationale et de sa place dans le marché mondial. Une vision claire et réaliste sera proposée pour développer les potentialités et combattre sans démagogie le chômage.
Les vrais chercheurs et experts de l’éducation auront toutes les possibilités et garanties de proposer et d’appliquer les solutions d’urgence pour sauver l’école et l’université algériennes de la médiocrité et du marasme ambiants. Le savoir et la science reprendront leur place. Le travail et l’émulation remplaceront les passe droits et le laissez aller.
La santé, la culture, et tous les autres secteurs de la vie économique et sociale du pays seront mis à plat.
Les citoyens sans crainte seront partie prenante et associés dans la transparence à chaque débat et confrontation engageant leur avenir. Aucune décision ne leur sera imposée.
Toutes les institutions de la république aujourd’hui sans réelle représentativité seront dissoutes.
L’Assemblée Nationale, chambre d’enregistrement, squattée par des députés très mal élus sera à l’issue d’élections législatives futures, remplacée par une assemblée de vrais représentants du peuple élus en toute transparence sur la base de leurs programmes.
Le Conseil de la Nation (sénat algérien) de l’avis de l’avocat Brahim Touati a été crée par la Constitution de 1996 pour « refuser le transfert d'une souveraineté accaparée depuis longtemps. Il n’a aucun rapport à la démocratie. Il rassure, ou ménage les élites politiques déchues aux yeux de la population, et qui, à défaut d'une élection au suffrage du peuple se voient ainsi « désignées » ou indirectement élues pour continuer à bénéficier de leurs privilèges.
Les fraudes électorales ainsi que les luttes actuelles auront fini par entacher le CN d'un vice incontestable au regard de la démocratie. »
Les personnes habilitées et crédibles se pencheront sur l’opportunité de garder cette institution marquée par la nomination du tiers présidentiel et le vote secret par des « élus » locaux.
L’actuel Conseil Constitutionnel qui a montré ses limites depuis l’absence du président est selon l’avocat maitre Mokrane Aït Larbi incapable de provoquer la mise en branle de la procédure de l’empêchement. «Est-ce que le Président est dans l’incapacité de gérer les affaires courantes du pays ? Personne ne le sait», indique l’avocat et militant des droits de l’homme. Selon lui, «il n’y a pas délai» à cette vacance et aucune disposition ne prévoit la confirmation ou infirmation de l’incapacité de gérer les affaires du pays. En plus dans l’état actuel «Rien n’empêche ni oblige le Conseil constitutionnel de s’autosaisir».
En somme, les institutions du pays semblent bien verrouillées
Là encore, les spécialistes seront amenés à se prononcer sur la nature de cette institution. Les vides juridiques sciemment laissés pour bloquer toute initiative devront être comblés.
La période de transition sera surtout et avant tout utile pour consacrer les droits humains dans la Constitution et la mettre à l’abri des manipulations du passé.
La présidence à vie instaurée par le président Bouteflika sera supprimée pour permettre l’alternance. L’article deux l’Islam religion de l’Etat en contradiction avec la liberté de conscience et l’impartialité de l’Etat vis-à-vis des citoyens non musulmans ou athées sera abrogé de telle maniere a ne pas emprisonner la religion dans les actes qui ne peuvent emaner que des hommes justiciables surtout quand ceux-ci peuvent se trouver dans l'erreur ou encore dans la faute condamnable.
Cet article de plus en plus critiqué discrimine les autres religions et favorise l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Il ne sera permis à aucun parti d’utiliser la religion qui sera protégée dans la sphère privée.
Cette Constitution ne devra plus permettre les dérives et abus en posant des gardes fous à tous les futurs présidents de l’Algérie. Des contres pouvoirs seront clairement définis.
L’indépendance de la justice sera réelle quand la nomination et la gestion des carrières des juges et magistrats ne dépendront plus du pouvoir politique. La liberté de la presse sans entrave ne se sera limitée que par la déontologie des professionnels. La neutralité de l’administration et des élections sans tâche donneront vite envie aux citoyens de s’impliquer dans la vie publique de la nation.
A la fin de la période de transition, le pays convalescent se préparera en toute sérénité aux élections pour choisir les personnes en mesure de mettre en application toutes les recommandations et solutions obtenues démocratiquement. L’espoir sera permis.