
A propos du « portrait » de Khalida Toumi par Hamid Grine
Tout d’abord, Hamid Grine confesse qu’il a hésité pour des raisons qu’il ne donne pas à se lancer dans ce qu’il nomme un portrait, lequel s’apparente beaucoup plus à une caricature de la ministre de la culture. Est-ce la conjoncture actuelle, « inconfortable » pour le gouvernement et par voie de consequence pour Khalida Toumi qu'il croit affaiblie parce que proche du président malade, absent, qui l’a encouragé ? Est-ce une suite à donner aux dernières attaques contre la ministre par un égyptien copieusement relayées par d’autres qui lui a montré le chemin ?
Et puis en regardant de plus près, que lui reproche-t-il ?
-Son caractère et sa personnalité qui la font ressembler à un homme. Voilà des reproches bien singuliers que l’on réserve aux femmes quand elles sont courageuses et combatives. Il est évident qu’un ministre homme n’aurait pas eu ces critiques ! bien au contraire ! nous comprenons ainsi que le caractère devient un critère d’analyse quand le ministre est une femme. Nous en concluons que monsieur Hamid Grine utilise dans ce cas des arguments sexistes dénudés de hauteur allant jusqu’à évoquer son tour de taille !
-son bilan désastreux notamment en matière de théâtre et de nouvelles salles de cinéma ainsi que la promotion de la «culture de paillettes ».
Par cette critique facile et attendue, l’auteur Hamid Grine omet de dire que le budget et l’orientation de la culture dans n’importe quel pays n’est pas l’affaire du ministre uniquement. La culture est, comme tout le monde le sait, un instrument de politique pour atteindre des objectifs solidairement acceptés de tous les ministres et surtout fixés par le président de la république.
Cette critique peu nuancée fait l’impasse sur la situation et la gestion des salles de cinéma héritées par l’actuelle ministre de la culture et que le ministère a du restaurer.
Certes de nouvelles salles auraient pu être réalisées mais dans quelle proportion ? là encore, un homme de culture comme Hamid Grine n’ignore pas combien le cinéma souffre de la concurrence de la télévision, des vidéos … et que par conséquent tout ministre de la culture ne peut négliger cette donnée.
Pour ce qui est du théâtre, il est curieux qu’un auteur sollicite l’intervention d’un ministre au risque de devoir subir censure et interventionnisme ! Partout ailleurs, les hommes de culture revendiquent un théâtre privé loin des injonctions de l’Etat.
En définitive, dans cet article l’écrivain Hamid Grine qui ne donne aucune perspective ou recommandation cède à la facilité en s’attaquant plus à la personne du ministre qu’à la politique culturelle du pays.
Dans un futur proche, madame Khalida Toumi, ministre et femme risque plus que d’autres d’être la cible de ceux qui attaquent quand ils croient leur proie cernée et sans défense ! Il est regrettable que les hommes de culture préparent les allumettes aux faiseurs de bûcher !
Yasmina Fellagui
Chercheur et professeur d'universite