
UNE FIN DE REGNE A L’IMAGE DU RESTE. ON MEURT COMME ON A VECU
Entré en effraction dans le pays pour devenir président, Bouteflika en sort dans une quasi clandestinité pour terminer mon mandat à l’étranger c'est-à-dire chez lui selon sa « célèbre » expression.
Pourtant l’Algérie l’a comblé .Très jeune, il est ministre .Il représente le pays pendant de nombreuses années. Il a des amis riches et attentionnés qui le prennent en charge à la mort du président Boumediène son mentor. Il est ramené comme premier magistrat et s’entoure d’une cour sans pareille. Et puis surtout, il dispose d’une manne pétrolière sans précèdent.
Qu’en a –t-il fait ?
Une économie encore plus dépendante des hydrocarbures.
Des entreprises publiques ballotées et sans vision claire qui, sur une longue période ne savaient pas si elles allaient être privatisées ou pas. Ces entreprises dans l’expectative n’investissaient plus et bien sûr ne créaient pas d’emplois
- une école soumise à l’idéologie rétrograde coupée du savoir et de la rationalité, épargnée aux enfants des dignitaires qui envoient leur progéniture étudier à l’étranger aux frais des algériens sacrifiés à cette école
-un secteur de la santé mal géré quand des hôpitaux sur équipés sont implantés dans des régions sans médecins généralistes ou sages- femmes une médecine qui fait peur mêmes aux puissants qui se soignent à l’étranger .Les grèves récurrentes de tous les personnels de la médecine n’ont rien changé faute de volonté politique réelle d’assainir les contentieux existants. L’actuelle grève qui se prolonge au détriment de tous et des malades est à ce jour ignorée par le ministre parce que l’inter syndicale n’a pas obtenu d’agrément !
- un secteur des travaux publics qui, à chaque pluie, révèle l’étendue de ses lacunes et la gabegie qui le caractérise. A chaque pluie, les nouvelles infrastructures se transforment en piscines et patinoires.
- une agriculture qui engloutit budgets et aides toujours plus grands pour des résultats inexistants. La dépendance alimentaire et la spéculation continuent d’année en année. Les épisodes de pénurie de pomme de terre se rejouent et démontrent l’incapacité de l’Etat de la prévoir et de la juguler
-l’économie informelle s’étend et touche de plus en plus de secteurs .Des importations de produits de mauvaise qualité, parfois dangereuse sont sur le marché .A moindre frais, ces produits moins chers concurrencent le peu de production nationale qui reste.
- un secteur privé national ou étranger qui ne crée pas d’emplois et profite parfois de connivences pour ne pas payer de charges et prendre des marchés.
-une vie politique émaillée d’élections sans électeurs. Le taux de participation officiel aux élections locales et législatives est en chute libre .Des partis politiques sortis de nulle part sont agrées à la veille des élections et disparaissent aussi vite .L’argent des algériens leur est donné pour un petit tour de parade à la télévision puis plus rien …….En définitive ces partis dits d’opposition rejoignent l’assemblée en soutenant le programme du président ; du jamais vu ! Les partis Etat FLN et RND ou plutôt leurs appareils sans militants donnent l’image de cadavres maintenus en vie artificielle grâce à l’administration caporalisée.
Une vie politique marquée au fer rouge par le viol de la constitution pour un troisième mandant
Et puis les scandales qui touchent le poumon de l’économie nationale dans lesquels sont impliqués les amis très proches du président. Une justice défaillante, aux ordres, bafouée par les justices étrangères qui dévoilent tout ce qu’elle ne peut plus dissimuler.
Voilà la fin de règne de Bouteflika.
Par Yasmina Fellagui
Docteur en economie
Universite de Einster